Intérêt d’une tumorothèque du sein à Grenoble

Par le docteur Payan (Chirurgie oncologue)

Le cancer du sein est la tumeur maligne la plus fréquente chez les femmes. Des chimiothérapies systémiques sont prescrites pour éradiquer les micro-métastases éventuelles et améliorer les chances de guérison des patientes. Or, la recherche de certains marqueurs impliqués dans les récidives pourrait éviter de lourdes chimiothérapies aux effets toxiques pour 30 % à 40 % des patientes.
En effet, de nombreuses études nord-européennes ont révélé que 2 familles de protéines gouvernent la dispersion tumorale : ce sont les métalloprotéases de matrice et l’activateur du plasminogène, dont 2 constituants jouent un rôle central dans le processus qui aboutit au développement des métastases. Ces 2 constituants sont appelés uPA (pour serine protéase urokinase- type plasminogène activator) et PAI-1 qui est son inhibiteur principal.
Les études montrent que des taux anormaux de uPA et PAI-1 sont toujours associés au mauvais pronostic dans le cancer du sein. Ce sont des prédicteurs de récidive et d’évolution défavorable, même lorsque les ganglions sentinelles ne sont pas envahis. Ces marqueurs s’analysent sur des prélèvements tissulaires frais ou congelés par immunologie (technique Elisa). Pour effectuer ces mesures, il est indispensable d’avoir la possibilité de préserver les prélèvements chirurgicaux des tumeurs dans une tumorothèque. Les conditions de conservations sont déterminantes pour la qualité des mesures.

Élaboration de la tumorothèque pour le sein à Grenoble

Dans un premier temps, les prélèvements ont été stockés et analysés à Marseille, dans le laboratoire de biologie du Pr Pierre-Marie Martin, où cette analyse des 2 marqueurs uPA et PAI-1 y était effectuée en routine. Elle est un élément déterminant dans le choix des stratégies de traitement du cancer primitif du sein.
Ce facteur pronostic a été évalué dans une grande étude européenne. Il est reconnu comme facteur de niveau 1 au même titre que les autres facteurs pronostics classiquement utilisés dans la mise en œuvre des stratégies de traitement.
Espoir Isère contre le Cancer a initié cette mise en place par le financement du transport de ces prélèvements congelés pendant une période d’un an.
Durant ce même temps, l’équipe du Pr B. Polack et d’Anne Sophie Gauchez a travaillé en collaboration étroite avec Marseille et l’équipe du Pr P.M. Martin, pour que les analyses s’effectuent au CHU Grenoble Alpes. Des difficultés de production du kit et l’absence de financement n’ont pas permis de poursuivre cette étude au-delà de 2019.

Le dosage de ce nouveau facteur pronostic a permis aux chercheurs grenoblois d’être à la pointe des avancées techniques et thérapeutiques, d’être en accord avec les recommandations internationales et de constituer une tumorothèque actuellement hébergée au Centre de Ressources Biologiques du CHU Grenoble Alpes.


Bibliographie

[uPA/PAI-1, Oncotype DX™, MammaPrint(®). Prognosis and predictive values for clinical utility in breast cancer management]. Bellocq J.P. et al. Ann Pathol. 2014, 34(5):349-351.

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