Par le docteur Payan (Chirurgie oncologue) et Christiane Chauvin (Chercheur à L’INSERM)

Le cancer du sein est la tumeur maligne la plus fréquente chez les femmes. Des traitements adjuvants systémiques sont prescrits pour éradiquer les micro-métastases éventuelles et améliorer les chances de guérison des patientes. Or 30 % à 40 % des patientes pourraient éviter de lourdes chimiothérapies aux effets toxiques, si la recherche de certains marqueurs impliqués dans les récidives pouvait être faite.

En effet, de nombreuses études nord-européennes ont révélé que 2 familles de protéines gouvernent la dispersion tumorale : ce sont les métalloprotéases de matrice et l’activateur du plasminogène, dont 2 constituants jouent un rôle central dans le processus qui aboutit en final, au développement des métastases. Ces 2 constituants sont appelés uPA (pour serine protéase urokinase- type plasminogène activator) et PAI-1 qui est son inhibiteur principal.

Les études montrent que des taux anormaux de uPA et PAI-1 sont toujours associés au mauvais pronostic dans le cancer du sein. Ce sont des prédicteurs de récidive et d’évolution défavorable, ceci même quand les ganglions sentinelles ne sont pas envahis. Ces marqueurs s’analysent sur des prélèvements tissulaires frais ou congelés par immunologie (technique Elisa). Pour effectuer ces mesures, il est indispensable d’avoir la possibilité de préserver les prélèvements chirurgicaux des tumeurs dans une tumorothèque. Les conditions de conservations sont déterminantes pour la qualité des mesures.

L’intérêt de cette demande est de participer à l’élaboration de cette tumorothèque pour le sein et d’une sérothèque à Grenoble.

Dans un premier temps les prélèvements seront stockés et analysés à Marseille, dans le laboratoire de biologie du Pr Pierre Marie Martin, où cette analyse des 2 marqueurs uPA et PAI-1 y est effectuée en routine. Elle est un élément déterminant dans le choix des stratégies de traitement du cancer primitif du sein.

Ce facteur pronostic a été évalué dans une grande étude européenne. Il est reconnu comme facteur de niveau 1 au même titre que les autres facteurs pronostics classiquement utilisés dans la mise en oeuvre des stratégies de traitement. Ce partenariat technique est d’ores et déjà établi entre Grenoble et Marseille.

Espoir Isère contre le Cancer initie cette mise en place par le financement du transport en taxi de ces prélèvements congelés pour une période de 1 an.

Durant ce même temps, l’équipe du Pr Polak et d’Anne Sophie Gaucher travaille en collaboration étroite avec Marseille et l’équipe du Pr P.M. Martin, pour qu’ultérieurement les analyses s’effectuent à Grenoble par une technicienne du CHU, formée par cette équipe. Elle sera capable de la mettre en oeuvre sur Grenoble dès que nous aurons l’accès au centre de ressources biologiques du CHU (d’ici 1 an). Il existe déjà des tumorothèques à Grenoble : le foie, les tissus nerveux, le poumon et lymphomes.

Le dosage de ce nouveau facteur pronostic permettra aux chercheurs grenoblois d’être à la pointe des avancées techniques et thérapeutiques et d’être en accord avec les recommandations internationales.